08 mars 2009

Irlande en guerre ou guerre à l'Irlande?

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L'Irlande bouge encore. Hier dans le comté d'Antrim des hommes en ont abattu d'autres. 2 militaires anglais sont restés sur le carreau et les assaillants se sont volatilisés. On ne se réjouit jamais de sang versé. Parce que les nôtres, aussi, en ont prit des balles qui tuent. Et lorsque la mise en joue ne cible pas les têtes, elle peut aussi décharner les corps. Comme celui du député du Fermanagh, Robert Gerard Sands alias Bobby. Abattu par la faim dans sa prison de Maze. C'était il y a presque 40 ans, déjà en Irlande et chacun, au gré de ce temps qui tue plus que quiconque, a cultivé la mémoire de ses morts au combat. Plus de 3000 pour la seule petite île. Le dernier remontant à plus de 10 ans, l'attaque de Masserenne relance donc toutes les supputations, quand à la survie de ce qu'il est de bon ton d'appeler...un processus de paix

Quelle paix?

Celle parachevée en 1998 par l'accord du Vendredi Saint, puis plus récemment par celui de St Andrews. Cette paix met en place un gouvernement local, relativement autonome, rassemblant unionistes et républicains autour d'un consensus fait de tumultes et de démissions. Pour le reste, la paix ne dit rien. Elle ne dit pas surtout pas ce qu'il est advenu de l'Irlande, lorsqu'on l'a fardée pour devenir la régulière de l'Europe dans les années 90. Exonérant ses terres des monstres fiscaux. Appuyant la flexibilité du travail jusqu'à l'exagération. Pour d'un pays faire un produit à vendre dans des halls d'hôtels. Un « tigre celtique » dont il était promis fortune à tous les polonais qui viendraient l'aider. Aujourd'hui les polonais sont rentrés chez eux. Les multinationales également. Sans la sueur de leurs employés mais avec la tune promise, donnée et multipliée. Parce que l'Irlande est aussi un pays que l'on fuit. Pour sa famine, sa misère, sa récession avec le fric et de nouveau, pour les balles que l'on prend 

Voilà ce qu'il arrive, lorsque soumis on passe à l'état de dominion. Lorsque enfer d'être dominion on devient paradis fiscal. Et lorsque la faillite, des mauvaises idées du mauvais paradis capitaliste, passe par là inexorablement elle déterre les morts

L'attaque, revendiquée par l'IRA Véritable, qui fait suite a plusieurs tentatives d'assassinats sur des policiers au cours des derniers mois, survient surtout après le retour sur le sol irlandais d'une unité militaire britannique chargée de lutter contre le terrorisme. Ne pouvant, encore une fois, laisser se dissocier la question de la paix véritable et de la colonisation évidente qui pèse depuis 8 siècles

Car l'Irlande bouge encore. De ses morts. De ceux dont on disait qu'ils avaient rendu les armes, sans que personne ne se préoccupe d'avantage du sort de celui qui, un jour, a eu l'intention de s'armer.

Sans que personne ne s'insurge non plus de la balafre qui scinde 14 139 km2 du reste du pays, on somme l'Irlande de faire taire les morts et de laisser le marché réguler. Même lorsque le marché se plante, comme à chaque fois. Laissant vide la perfusion au bras du souffrant. Car il n'est pas d'île sur cette putain de Terre sans perfusion malsaine. Chacune d'entre elles décalquant à l'infinie des histoires dégueulasses. Même logique coloniale de ne pas se repentir, même békés, même présence massive du militaire, même dérégulations économiques, même barbelés entre quartiers et même évidence des balles qui bougent encore   

Posté par carlogiuliani à 21:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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